Marchandisation de l’enseignement en Roumanie

 

Les bases de l’enseignement roumain moderne ont été jetées par le savant Spiru Haret à la fin du dix-neuvième siècle.

 

A ce propos, nous pouvons affirmer que notre enseignement a des racines précoces dans le modèle jacobin, comme me l’a fait remarquer notre collègue Louis.

 

Et l’enseignement est resté tel jusqu’aux événements de 1989 en Roumanie, qui ont marqué la chute du régime communiste de Ceausescu. Je veux ajouter qu’il y avait aussi des choses positives avant 1989, mais qu’il y en avait beaucoup de négatives, notamment en ce qui concerne la centralisation et la politisation de l’enseignement. Après la Révolution commença une folie de la « privatisation » et de la commercialisation de l’enseignement, surtout de l’enseignement supérieur. Dans les conditions du vide de pouvoir et du manque de législation, les deux premières années, 1990-1992, on a vu se créer plus d’une centaine d’universités privées, alors que le nombre d’universités publiques a doublé.

 

Afin de mettre un peu d’ordre dans cette jungle d’établissements universitaires, on a trouvé nécessaire, avant une nouvelle Loi de l’enseignement elle-même, de donner  une loi à  titre provisoire concernant

« l’habilitation et le fonctionnement des universités » . A partir de cette loi a été fondé le «  Conseil National d’Evaluation et Habilitation Académiques », sous le contrôle du Parlement ( le président de ce Conseil est un recteur d’université dont Gaston de la Haye a déjà fait la connaissance la semaine dernière à Bucarest).

 

J’ignore si notre Conseil d’Evaluation et Habilitation  a un équivalent dans d’autres pays, mais, en ce qui nous concerne, nous devons reconnaître que, pour notre pays, il a été nécessaire et bénéfique.

 

Il existe aujourd’hui, en Roumanie, 49 universités publiques et vingt universités privées qui sont déjà habilitées. Je veux souligner le fait que toutes les universités privées ont créé des facultés qui recouvrent les domaines socio-économiques  et juridiques. Mais elles n’ont pas de facultés pour les domaines techniques ou des sciences naturelles, pour la chimie, la physique ou la biologie.

 

Dans ce contexte, compte tenu de l’autonomie universitaire, et notamment après Bologne, la réforme du système universitaire s’impose comme une priorité de notre système d’enseignement.

 

Compte tenu également de l’autonomie universitaire et des ressources budgétaires, le grand problème auquel se trouvent confrontées les universités roumaines est le suivant : quel est le type d’université qui va s’imposer dans les prochaines décennies ?

Ø      l’université humboldtienne ?

Ø      l’université entrepreneuriale ?

 

La vie fournira la réponse à cette question majeure. Quand je dis « vie », je comprends par là le manque cruel et continu de ressources budgétaires, les contraintes du marché du travail ansi que les exigences de l’Union européenne en ce qui concerne l’intégration des systèmes d’enseignement universitaire nationaux au système européen ( l’Europe, mon pays !, tel est le nouveau mot d’ordre, n’est-ce pas ?)

 

Cependant, moi, je ne suis pas le partisan des extrêmes. Je pense qu’il faut envisager un équilibre entre les deux catégories d’universités. Et, à cet effet, le problème essentiel c’est que l’Etat ne saurait manquer à son obligation constitutionnelle qui est celle de financer l’éducation. Car la société la plus compétitive sera celle qui auran les meilleures écoles et universités.

 

Si nous allons accepter cela nous devrions redéfinir  notre rôle comme syndicats. Or nous, les syndicats, nous devons veiller constamment sur la qualité de l’éducation, à savoir :

Ø      la qualité des enseignants (du métier)

Ø      qualité du processus éducatif ( vocation)

Ø      qualité de l’infrastructure (équipements)

 

La mesure de la quaité de l’éducation sera donnée par nos diplômés, qui seront absorbés par le marché du travail. Et c’est pourquoi il faut apprendre non pour l’école mais pour la vie, pour reprendre un vieille sentence latine, attribuée à Sénèque : Non scholae sed vitae discimus.

 

Dans ce cas, il faut accepter la position du Conseil Européen en ce qui concerne le rôle fondamental de l’éducation :

Ø      l’épanouissement personnel

Ø      l’intégration sociale

Ø      conscience des valeurs partagées

 

Je reviens au problème de la qualité de l’enseignement, pour souligner que celle-ci, dans ses composantes que je viens de nommer, dépend toujours de l’argent investi dans l’enseignement. Les sources de cet argent sont les suivantes :

Ø      le budget public, qui doit être prioritaire

Ø      les sources extra-budgétaires

 

En ce qui concerne le financement de l’éducation, nous pensons que l’enseignement fondamental ( primaire et secondaire), doit être financé totalement et incontestablement par l’Etat.

 

Pour ce qui est du supérieur, nous pensons que l’Etat doit financer au moins 75% des coûts et l’Université, elle, doit subvenir au restant à partir de ressources extrabudgétaires.

 

Je ne sais pas quel est le rapport entre les ressources budgétaires publiques et les autres ressources dans les universités de l’Union européenne. Mais, aujourd’hui, en Roumanie, ce rapport est de 1,5 ( 60/40).

Je pourrais dire que, en ce moment, l’enseignement supérieur public roumain a été privatisé par « la porte de derrière », comme on dit, à raison de 50%, mais le « patron » en est tojours l’Etat.

 

Evidemment, le rôle des syndicats dans cette question doit être nuancé au niveau national, en fonction des réalités économiques et sociales de chaque pays.

 

Răzvan BOBULESCU

ALMA MATER, Roumanie

 

22-23 May 2003, Brussels

© Alma Mater, 2003-2004
04-oct.-2004